La lutte pour le droit de vote

Si la Belgique n’a pas connu de mouvement fort de revendication du droit de vote féminin à la fin du XIXe siècle, comme celui des suffragettes en Grande-Bretagne, une dynamique semblable se développe tout de même peu à peu. Le droit de vote représente alors une étape importante dans la lutte pour l’émancipation féminine.

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Manifestation des suffragettes en France 

La revendication du suffrage féminin est prioritaire à partir de 1912. Cependant, la Première Guerre mondiale marque un temps d’arrêt des revendications où hommes et femmes sont mobilisés pour la défense du pays. A la sortie du conflit, la question du suffrage universel est mise sur le devant de la scène et provoque de nombreuses tensions autour du suffrage féminin. Il faut dire qu’au contraire des Etats-Unis ou la Grande-Bretagne, le pays est occupé et les femmes n’ont pas l’occasion de remplacer les hommes au travail : dès lors, elles n’ont pu montrer leurs compétences en dehors des secteurs traditionnellement réservés aux femmes. La revendication reste cependant prioritaire aux yeux des féministes : des conférences et manifestations sont organisées dans tout le pays, des revues féministes sont créées et le nombre d’adhérents des associations féministes s’accroît.

La loi du 19 mai 1919 introduit le suffrage universel masculin : « un homme, une voix ». Certaines catégories de femmes peuvent toutefois voter : les veuves/mères des soldats et civils tués durant la guerre et les femmes emprisonnées ou condamnées pour des actes patriotiques. La loi du 15 avril 1920 accorde le vote aux élections communales aux femmes et celles-ci prennent part pour la première fois aux élections comme candidates et électrices le 14 avril 1921. Elles sont également éligibles dès 1920 à la Chambre des représentants et au Sénat à partir de 1921. En 1921, Marie Janson est la première sénatrice belge, mais il faut attendre 1929 afin de voir la première députée, Lucie Dujardin, siéger à la Chambre. Bien que l’extension du suffrage soit toujours à l’ordre du jour du féminisme durant l’entre-deux guerres, le mouvement se mobilise surtout en faveur de la révision du Code civil, de l’amélioration de l’accès et des conditions de travail ainsi que de l’égalité économique. Malgré diverses résistances, l'amélioration de la condition féminine est en marche mais la Seconde Guerre mondiale arrête cet élan, détournant les acteurs belges vers d’autres préoccupations durant le conflit.

Après la Seconde Guerre mondiale, la question du suffrage féminin est discutée à plusieurs reprises à la Chambre des représentants à partir de 1945. La Question royale est alors brandie comme motif de postposition de la question : les femmes pourraient influencer les résultats de la consultation populaire concernant le retour du Roi en Belgique. Il faut attendre le 27 mars 1948 pour que les femmes obtiennent finalement le droit de vote législatif. Elles votent pour la première fois en 1949 mais cet évènement ne provoquent pas une féminisation accrue ni des assemblées législatives, ni du gouvernement. La Belgique accuse alors un retard par rapport à ses voisins : les Françaises peuvent voter depuis 1944, et les Anglaises depuis 1918.