Les denrées sont rares

Les questions d’alimentation sont cruciales en temps de guerre. Dès le début du conflit, des mesures sont prises afin de limiter les effets de la crise alimentaire à venir. En mai 1940, le gouvernement impose le rationnement des denrées. Des tickets sont distribués aux familles et des réserves de nourriture sont constituées. Lors de leur arrivée, les Allemands réquisitionnent une partie des stocks amassés. Le ravitaillement devient de plus en plus difficile.

Ordonnance vivres.JPG

Ordonnance concernant la vente et l'achat de vivres

Le 27 août 1940, la « Corporation Nationale de l'Agriculture et de l'Alimentation » (CNAA) est créée afin de coordonner la production et la distribution alimentaire ainsi que le ravitaillement. Rapidement, le rationnement des produits devient de plus en plus nécessaire. Des timbres représentant les quantités de denrées à recevoir sont distribués. Chaque mois, le tableau des quantités rationnées est réévalué.

Les rations sont fixées en moyennes à 1.380 kilocalories/jour alors que le régime de base se compose d’environ 2.000 kilocalories.

La distribution des rations s’organise selon des critères spécifiques basés sur une catégorisation et une hiérarchisation entre les personnes. Par exemple, les ouvriers effectuant un travail lourd, tels que les mineurs ou les métallurgistes, reçoivent plus de tickets que d’autres professions. Les femmes enceintes et les enfants sont ceux qui recueillent la plus grande quantité de denrées. À côté de cela, les Juifs n'obtiennent, quant à eux, que la moitié des timbres normalement octroyés. Néanmoins, ces chiffres ne sont que théoriques. Dans la pratique, la population reçoit souvent moins que ce dont elle a droit.

BE_A4006_FI334_017_003_1.jpg

Ticket de rationnement

Différentes sources d’approvisionnement existent : le marché rationné, le marché libre, l’aide alimentaire, le marché noir et enfin, quand cela reste possible, les réserves et ressources personnelles.

Les structures d’aides alimentaires jouent un rôle essentiel durant l’occupation. En novembre 1940, le Secours d'Hiver est mis en place sur les conseils de l’occupant allemand. Il s’agit d’une organisation chargée de distribuer des vivres, mais aussi des vêtements et du charbon aux plus démunis. Au départ, cette association n’est pas acceptée par tous, car elle est l’homologue du Winterhulp existant en Allemagne depuis 1933. Mais rapidement, la faim l’emporte sur les convictions. D’autant plus que l’organisation est exclusivement gérée par des Belges. Différentes activités sont également préparées en vue de rassembler des fonds. Au fil de la guerre, le nombre de bénéficiaires de cette aide ne cessera d’augmenter.

Profitant de la situation, un marché noir se met rapidement en place. Certains y revendent les rations supplémentaires qui leur étaient octroyées. Les producteurs vendent leur surplus. On fabrique aussi de faux tickets de rationnement. Toutefois, cela reste difficile pour certains de s’y approvisionner parce que les prix sont souvent bien plus élevés que sur le marché officiel.

En 1942, un kilo de beurre vaut 32 francs sur le marché officiel et 275 francs sur le marché noir.

La CNAA tente par bien des moyens de mettre un terme aux marchés noirs en publiant des règlements, en organisant toujours plus d’inspections, en infligeant de lourdes amendes. On encourage même les dénonciations. Malgré les mesures, cela reste sans succès et le marché noir s’organise de plus en plus.