Une place dans la politique internationale
Velléités belges en Allemagne
Dès le 1er janvier 1942, la Belgique signe la déclaration des Nations Unies avec 24 autres pays. Elle s’engage à poursuivre la guerre contre les puissances de l’Axe. À Londres, le gouvernement prépare activement la reconquête du pays et surtout l’après-guerre, en collaboration avec le Comité d’étude des problèmes d’après-guerre. Des rumeurs existent, mais rien n’indique une participation de la Belgique à l’occupation de l’Allemagne.
À la fin des hostilités, la Belgique revendique une zone d'occupation afin de protéger ses intérêts politiques et économiques. Elle justifie la demande comme étant une rétribution pour les quatre ans d’occupation. C’est ce qu’affirme le Premier Ministre Achille Van Acker dans un discours au parlement le 6 août 1945 : « le gouvernement déclare que la Belgique a le droit de recevoir sa part dans l’utilisation des richesses allemandes afin d’obtenir sa juste compensation pour ses souffrances passées […] ».
Dans une note du 15 juin 1945, le Foreign Office transmet son accord définitif quant à la création d’une zone de sous-occupation belge au sein de la zone anglaise. Cette zone est un saillant de 200 km sur 40 km de large en Rhénanie du Nord-Westphalie, d’Aix-la-Chapelle à Paderborn.
La politique d’occupation
Trois motivations se trouvent chez les soldats belges occupant l’Allemagne : le désir de vengeance, la traque aux collaborateurs et travailleurs volontaires et la recherche d’un proche disparu. Dès lors, les premières années de l’occupation sont marquées par une profonde haine de « l’Allemand ». Dès l’hiver 1944, de multiples incidents de violence grave et de pillage sont rapportés. À Babbenhausen, cinq collaborateurs sont abattus par des militaires belges. Le gouvernement belge peine à faire comprendre aux soldats que "tuer un prisonnier est interdit même si c’est un Allemand".
Dans les premiers temps de l’occupation, il est formellement interdit aux Belges de fraterniser avec les Allemands : « être gentil, être noble, avoir de la compassion, c’est très bien. Sachez toutefois que ce sont des sentiments que le peuple allemand ne comprend pas. Être gentil, noble, avoir de la compassion signifie faire preuve de faiblesse. Ne vous laissez pas attendrir par les Boches, dont le cœur est de pierre », comme l'indique une revue pour soldats. Les femmes allemandes sont présentées comme des espionnes ou des prostituées. Il est interdit de les côtoyer. Les Belges réquisitionnent les infrastructures allemandes- écoles, maisons, casernes militaires, complexes sportifs - au détriment de la population locale pour s'y installer, éventuellement avec leur famille.
Normalisation des rapports
La République Fédérale d'Allemagne est officiellement créée en 1949 et son intégration à la Communauté Économique Européenne rend nécessaire un changement d'attitude. En 1951, les autorités militaires belges réalisent que les nombreuses restrictions et règlements sont dépassés. Les contacts avec les civils allemands restent limités, même si la majorité des employés civils des casernes sont allemands.
Depuis le début de l'occupation belge, les soldats sont impliqués dans de nombreuses affaires violentes. Bagarres de rue, rixes dans les bars, vols, pillages : ils ressentent un sentiment d'impunité. Il s'agirait "simplement" de se venger. En 1950, il est commun de dire que du côté de la rive droite du Rhin, la violence a disparu contrairement à la rive gauche. L'État-Major se résout à des peines disciplinaires fortes pour dissuader les soldats de toute méconduite.
Les actes de violence jettent du discrédit sur la Belgique ; les autorités souhaitent redorer son image. Le Haut Commandement se montre davantage sur la place publique. Des initiatives culturelles sont lancées comme la Maison belge de Cologne. La question du traitement des Allemands par les Belges n’est pas militaire, mais politique. Dans la zone américaine, soldats et civils allemands entretiennent d’étroites relations. Enfin, le nom « d’armée d’occupation belge » devient « Forces belges en Allemagne ».
Un ancien milicien des FBA en poste à Ossendorf évoque l'apaissement des tensions à travers le Rosenmontag de 1972. Lors de ce jour de carnaval, les soldats étaient encouragés à se déguiser et à sortir dans les rues. De nombreux Allemands venaient à leur rencontre et les soldats se mélaient à la population.
