D’alliés à partenaires
Au sein de la “dixième province belge”, la vie tourne autour de l’organisation militaire qui régit les différents aspects du quotidien dans les bases de l’armée belge : cela concerne les écoles, les magasins, les activités sportives et culturelles. Ces bases incluent de nombreux civils. Alors qu’ils représentaient un peu plus de 40% des effectifs dans les années 50, leur nombre croit ensuite proportionnellement à la diminution de celui des soldats. On assiste à une première baisse en 1971 lorsque Paul Willem Segers, ministre de la Défense belge, obtient l’accord pour le retrait de 2000 militaires. Les motivations sont essentiellement de nature économique.
Un second retrait, plus important cette fois, a lieu en 1990 suite à une annonce du ministre de la Défense Guy Come le 25 janvier dans une interview accordée au journal Le Soir : “Telle que la situation évolue maintenant en Europe, un retrait des troupes belges en Allemagne devient probable. C’est pourquoi j’ai donné à l’État Major Général l’ordre d’élaborer différents scénarios pour ce retrait”. Cette déclaration crée la stupeur chez les Alliés. Pourtant, la Belgique était proportionnellement, avec ses 25.0000 soldats, le pays de l’OTAN à avoir à ce moment-là le plus de troupes stationnées en Allemagne. En comparaison, les Pays-Bas n'avaient que 8000 soldats sur le territoire allemand.
Cette décision est le fruit d’une réorganisation stratégique plus large au sein de l’armée belge. Ainsi, sont mis en place le plan Charlier, l'opération REFORBEL, le plan Delcroix, l’opération Bear 97 et même la suppression du service militaire obligatoire. Ce sont autant d'éléments qui révèlent la détente dans les relations internationales en cette fin de guerre froide suite à la chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989.
Finalement, l'année 2002 marque le retrait définitif des soldats belges d’Allemagne. Les civils représentaient à cette période un peu moins de 65% des effectifs totaux de la "dixième province belge". Parmi ces derniers, nombre d’entre eux sont des Allemands. En effet, loin de l’interdiction de fraternisation des débuts, certains soldats se sont mariés avec une Allemande, ont fondé une famille et parfois décidé de rester vivre en Allemagne après le retrait des FBA. Ainsi, après le départ des Belges, 20 à 25 familles binationales sont restées à Arolsen. Un Allemand, Burkhard Schnettler, parle d’ailleurs en ces termes de la présence belge : “La cohabitation des unités belges et des habitants de Soest était généralement fort bonne. Les Belges s’y sont sentis très bien et ce sont les larmes aux yeux qu’ils ont dû quitter Soest”. De manière générale, plus de 450 familles sur les 606 familles belgo-allemandes sont restées sur place.
